Ce texte est issu de 22 rencontres disparates mais
amusantes, étonnantes ou encore surprenantes...
Le texte original est paru dans la Dépêche de Tahiti, édition
du Dimanche durant les années 1995 et 1996
CHAPITRE 2
La bicoque du second tatoueur que je visite, ne diffère en
rien des autres maisons tahitiennes. Construite au moindre
coût, en feuilles de carton aggloméré qu'ils appellent pinex,
en tôles ondulées, en palmes tressées de cocotier, le tout,
cloué sur un châssis de petits bois liés. Sur le devant, des
bougainvilliers dans de grands pots de fleurs alignés en gradins,
sur une structure de bois pourri. Un caniveau envahi de hautes
herbes sépare le jardinet de l'unique route du tour de l'île.Il
me fait signe d'approcher, l'esthétique de ses tatouages personnels
me met en confiance. Il m'invite par un large sourire accompagné
d'un geste de bienvenue. Je rentre. Nous parlons à voix basse.
Il vient d'une île voisine, il me confie: - Je suis fils de la terre sacrée, je viens
de Raïatea et cela fait huit ans que je représente la culture
et les arts traditionnels au village des artistes, bien sûr,
je suis tatoueur, mais il ne s'agit que de l'un des aspects
de ma profession qui est: d'être un spécialiste des arts traditionnels,
je présente la danse du feu, et suis l'un des principaux danseurs
de l'île, et bien sûr, je suis sculpteur. - Sculpture et tatouage n'est-ce pas un peu
la même chose? - Le tatouage est plus que notre culture,
c'est une réalité des Polynésiens, un lien entre nous tous.
Pourtant mes tatouages ne sont pas complètement terminés,
et comme dans la tradition Marquisienne, chaque période est
saluée par l'apparition d'un nouveau tatouage. C'est ainsi
que peu après la naissance de mon fils, je me suis fait faire
de nouveaux tatouages. - Tu tatoues avec quel type de machine ? - Je possède deux machines à tatouer, une
américaine et une fabriquée au moyen d’un rasoir de voyage.
J’utilise essentiellement la machine artisanale qui est plus
légère et demande moins de maintenance que la machine américaine.
En effet la machine américaine chauffe au bout d'un certain
temps, elle est lourde et demande un effort du poignet qui
est rapidement fatigant, et en plus de ces premières difficultés,
il faut stériliser les tubes. Pour moi cette machine ne présente
qu'un seul avantage, celui de ne pas consommer de piles car
elle est branchée au secteur...