CHAPITRE 13
Musicien, poète, danseur, chorégraphe et tatoueur, Il est
mince. Son sourire est avenant, mais difficile à décrypter
tant son tatouage facial est impressionnant, comme hypnotisant.
Au bout d'une heure, on peut découvrir l'humain caché derrière
ce masque guerrier: Un artiste sensible jusqu'au bout du raffinement.
- Comment as-tu commencé à te tatouer ?
- J'ai reçu mon premier tatouage en 88, juste
après mon service militaire, c'était la jambe droite, cette
jambe a été tapée de façon traditionnelle. Parfois l'encrage
n'est pas très bon, et c'est douloureux, vraiment douloureux.
Cela a été tapé avec des dents de requin taillées par un copain
qui fait de la gravure sur nacre. A Tahiti, il y a beaucoup
de grands tatoués, mais on ne les voit pas beaucoup, parce
qu'ils sont tout au fond, après la fin de la route, sur la
presque île inaccessible. On appelle Tahiti iti la presque
Île, iti, c'est petit.
- En tant que tatoueur quelle est ta plus
forte impression ?
- C'était au mois de Mars dernier, je suis parti
pendant deux semaines en Nouvelle Zélande, pour la promotion
du tatouage Maohi. Cela a été fabuleux, les neozélandais sont
amoureux de nos tatouages, c'est surtout les motifs qu'ils
recherchent. Je tatouais pendant les Week end, et il y avait
constamment cinquante personnes à me regarder faire, et dès
qu'un tatouage était terminé, il fallait recommencer avec
un autre, et ceci sans discontinuer, de 9 heures le matin
à 18 heures. Je pense aussi que mon tatouage facial devait
réellement les impressionner, car le tatouage facial c'est
réellement Maori.
- Ton visage aussi a été tatoué en traditionnel
?
- Ma jambe droite est la seule qui ait été
tatouée en traditionnel, mon visage, le dos, le collier, le
bras et la jambe gauche ont été tatoués avec la machine. Le
visage a été réalisé en 88, pour la première fois, puis trois
fois je l'ai fait repasser pour raviver la couleur. Le tatouage
facial cela impressionne tout le monde, il y a ceux qui aiment
et d'autres qui me voient comme un diable. Pourtant maintenant
le facial est devenu plus courant, tout le monde me copie,
en 88, nous n'étions pas beaucoup avec le visage tatoué.
- Tout le monde te copie, qu'en penses-tu
?
- J'aime bien qu'on me copie, cela fait revivre
notre culture.Dans l'ancien temps ceux qui avaient le visage
tatoué, étaient les chefs, ton tatouage facial, il faut le
mériter, c'est important que les jeunes se tatouent eux aussi,
même le visage. J'ai aussi décidé de me faire tatouer
le reste du visage, mais avant il faut que je termine de tatouer
le reste du corps. Je vais faire ça avec le Tahua qui a déjà
commencé à me faire le bras droit.
- Comment as-tu choisi ton tatoueur ?
-J'ai choisi un tatoueur qui met en valeur la tradition, quand
il fait un tatouage sur un touriste, il fait de l'art, mais
quand il tatoue un Maohi, il va chercher la puissance du mana
qu'il détient.
- De quel mana parles-tu ?
- Ce tahua est complètement tatoué, alors les ancêtres
se reconnaissent en lui, ils vont lui donner le mana, le pouvoir
de dessiner sur les autres. Mais attention, ce n'est pas en
se faisant tatouer tout le corps que tu vas automatiquement
obtenir ce mana; c'est nécessaire, mais cela ne suffit pas.
Par exemple je me suis penché avec beaucoup d'attention sur
la recherche de ce mana, et pendant trois années, je n'ai
pas bu une seule bière, ni fumé, ni du bison (tabac à rouler),
ni du paka, (cannabis) et ni pratiqué aucune fois l'acte sexuel,
ni avec une femme, ni encore en solitaire.
- Cela parait bien difficile, n'est-ce pas
?
- C'est dur, mais cela rapporte beaucoup:
maintenant je sais composer mes chansons, la musique et la
chorégraphie, cela m'a aussi donné la force de tatouer dix
danseurs, même sur le visage. Maintenant je vis normalement,
sans restriction. Je continue à créer, par exemple, ici au
théâtre, je suis en train de travailler sur la chorégraphie
pour le prochain Heiva. (Festival tahitien de juillet). |