Bernard Lompré

Tatouages, Permaculture et Spiritualité

En pratique

Rencontre avec Hiro Cowan

La dépêche du dimanche – 3 mai 1996

La dépêche du dimanche – 3 mai 1996

Hiro Cowan, adjoint du conservateur du Musée de Tahiti et ses Iles, s’est déplacé à Raiatea, en 1978 pour étudier les traces d’occupations anciennes. Sa principale découverte a été des peignes à tatouer en os de chien.

 

Pour la construction de la marina de Apoiti, des terrassements de déviation de la route de ceinture avaient laissé apparaître des pierres anciennes taillées.
Une mission de recherche a été confiée au Centre Polynésien des Sciences Humaines qui comporte trois sections : archéologie, Musée et traditions orales.
Elle dura deux mois, au cours desquels furent trouvés beaucoup d’objet en nacre et coquillages, similaires à ceux du site de Huahine, étudiés par le Professeur Sinoto du Bishop Muséum de Honolulu.

 

La dépêche du dimanche : Au cours de ces fouilles, qu’avez-vous découvert ?

 

Hiro Cowan : Ce site est vraiment intéressant, riche en nombreuses pièces, mais il est exceptionnel pour ces fameux peignes à tatouer en os. Nous avons trouvé beaucoup d’ossements de chiens, et sept pièces travaillées à différents stades de finition.
Trois peignes à tatouer.
Une pièce brisée et trois ébauches.
Une de ces ébauche présente des cannelures.
Parmi les objets, un fragment de mandibule de chien, laisse apparaître nettement les traces de travail.
C’est pourquoi nous pensons que l’os utilisé pour la réalisation de ces peignes est vraisemblablement de l’os canin.

 

La dépêche du dimanche : Vous avez ici une mâchoire coupée en deux, est-ce une pièce antique ?

 

Hiro Cowan : Cette mâchoire a été découpée dans l’atelier du musée, pour obtenir un élément de comparaison. Cela a permis de vérifier que les cannelures observées sur l’une des ébauches, pouvait être l’empreinte des racines dentaires.

 

La dépêche du dimanche : C’est cela qui permet de penser qu’il s’agissait d’une maison de tatoueur ?

 

Hiro Cowan : Exactement, et cet emplacement est situé proche d’un point d’eau, c’est un lieu habituel de traces d’occupations anciennes. Pourtant, un fait à noter, est qu’à Huahine, les peignes à tatouer étaient faits de nacre, c’est ainsi que ces fouilles de Raiatea ont permis de trouver une preuve de l’utilisation d’os de chien pour la réalisation de peignes à tatouer.

 

La dépêche du dimanche : A quelle époque situez vous cette occupation ?

 

Hiro Cowan : Aucune analyse au carbone 14 n’a encore été faite, mais nous estimons, en procédant par analogie, que cette occupation se situe aux alentours de l’an 800 après Jésus-Christ.

 

La dépêche du dimanche : De quoi se compose exactement ce gisement ?

 

Hiro Cowan : De grattoirs, de ciseaux, de couteaux, d’herminettes, beaucoup d’outils concernant le travail de la nacre, avec des limes en corail ou en oursin crayon pour limer la nacre. Pour le définir plus largement, ce serait un lieu d’un maître tatoueur.

 

La dépêche du dimanche : Serait-il possible de rouvrir ces fouilles ?

 

Hiro Cowan : Je ne connais pas exactement l’importance de ces ouvrages construits au dessus, mais je pense qu’il serait possible d’en extraire plus de pièces

 

Propos recueillis par Bernard Lompré

 

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