Bernard Lompré

Tatouages, Permaculture et Spiritualité

En pratique

Rencontre avec Denis et Valérie

La Dépêche Dimanche – 19 novembre 1995

La Dépêche Dimanche – 19 novembre 1995

Ils sont en vacances, ils sont en Polynésie pour la première fois, depuis un mois sur le territoire, et ont décidé de venir après avoir sympathisé avec une étudiante de Raiatea, qui les a invités chez elle.

 

Tout à la fin du séjour, ils prennent quelques jours pour visiter Moorea, à la recherche de Chimé qu’ils ont connus dans le guide Hachette.

 

Ils n’avaient aucune idée du tatou avant de venir, ils ont découvert ici cet art, mais laissons la parole à Valérie

 

Valérie : J’avais un peu peur de la douleur, c’est la première fois que j’ai mal volontairement, maintenant je n’aurai plus peur des piqûres et autres prises de sang.

 

Denis : Je ne savais pas que c’était douloureux et ça ne m’a pas gêné, la douleur n’est qu’une sensation, il faut se détendre, ne pas chercher à la combattre. J’ai fais beaucoup de sports, comme le rugby et le judo, on expérimente la douleur sous de nombreuses formes, mais jamais tout à fait volontairement.
Le tatou, c’est une approche intéressante de la douleur.

 

Valérie : J’ai choisi un coin que l’on peut cacher facilement, mais c’est marrant avec ce margouillat gravé sur ma cuisse, je sens que je n’ai plus peur des petits animaux qui me terrifiaient avant, pour les araignées ce n’est pas encore résolu, mis les lézards ne me font plus peur, comme si j’étais protégée par le tatou.
Le tatouage c’est différent du mariage parce que le mariage on s’en défait plus facilement, et puis nous ne sommes pas mariés mais ce tatou en est un peu une partie de ce mariage sans papiers.
J’ai fait ce tatou pour avoir une petite œuvre d’art sur moi, un symbole et aussi pour le faire avec Denis.

 

Denis : Mais non ce n’est pas moi qui ai entraîné Valérie dans le tatou, c’est elle qui en a parlé la première et qui m’a donné cette idée ; moi je ne savais même pas que ça pouvait faire mal ; j’ai appris ça hier et cela ne m’a pas fait changer d’avis.
Le tatou occidental, je l’associais à la prison, je pensais ça comme un passage obligatoire, mais je sais que mon tatou polynésien est tellement ésotérique qu’il ne pourrait sortir de quelque prison.
J’ai une bonne étoile, et par cela je la matérialise, je pourrais lui parler directement.
Avant, je lui parlais en regardant le cial, maintenant je peux la toucher, surtout dans les cas de doute, je sais qu’elle est maintenant toujours avec moi, je la retiens de force.

 

Valérie : Ici avoir un tatou, ce n’est pas très original, mais quand on rentrera à Paris, on portera plutôt un signe de paix, celle qu’on a trouvé ici.

 

Denis : C’est justement cet abstrait qui me plaît, ce n’est pas cartésien, dans la religion chrétienne, il y a le bien et le mal, par contre dans le bouddhisme les choses sont plus nuancées il y a le feu utile et le feu qui tue, le feu lui-même n’est ni bien ni mal.
Les tatous occidentaux sont directement lisibles, explicables, ceux d’ici sont fascinants, ils ont quelque chose d’ésotérique.

 

Bernard Lompré

 

6ème loi du tatou :

 

Eviter les noms et les lettres.

Même si vous êtes sûr de vous, que vous voulez graver dans la peau celui de tel amour ou marque de moto, ne vous le faîtes pas tatouer :
Marriez vous avec la fille ou collectionnez les motos, mais choisissez pour votre peau la magie des smboles abstraits.
La beauté d’un dessin est infiniment plus riche que quelques lettres, si vous voulez marquer votre amour pour elle, au lieu d’écrire chérie je t’aime, dessinez plutôt deux cocotiers entrelacés qui seront le symbole de cet amour, ayant en plus la délicieuse privacité du symbole.

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