Bernard Lompré

Tatouages, Permaculture et Spiritualité

En pratique

Dans la lignée de Raymond Graffe

La dépêche Dimanche – 10 mars 1996

La dépêche Dimanche – 10 mars 1996

Le Tahua a ses propres disciples ; Dans la lignée de Raymond Graffe

 

Successivement cités par le «grand prêtre », suivant l’ordre de leurs mérites et de leur ancienneté, ces prêtres tatoueurs sont Roland Purotu, Tava et Vetea.

Nous les avons rencontrés au cours des Journées du Tatouage organisées début février au Village Artisanal de Tipaerui…

Roland Purotu

 

La dépêche Dimanche : Purotu c’est votre nom n’est-ce pas ?

 

Roland Purotu : Les gens âgés m’appellent Purotu, les autres m’appellent Roland

 

La dépêche Dimanche : Où travaillez-vous, que faîtes-vous ?

 

Roland Purotu : Je travaille à mon domicile à Mahina, en plus du tatouage, je pratique la sculpture, la peinture, la gravure sur nacre, des « trucs » locaux…
Le tatouage c’est depuis 1982, jusqu’à cette année, j’ai tatoué la plupart des tatoueurs d’ici : Tavana (…passage manquant) toute la bande…

 

La dépêche Dimanche : Que savez-vous de la signification des motifs ?

 

Roland Purotu : L’ensemble des motifs, qu’ils soient anciens ou récents, parlent tous de l’Univers, de la Terre et de la mer, des Animaux et des Plantes et de ce que les Hommes en font.

 

La dépêche Dimanche : Quel est votre sentiment pendant le tatouage ?

 

Roland Purotu : Il y a une sorte de mana qui vient en moi et qui me pousse à dessiner, tu n’as pas besoin de réfléchir, le dessin ça vient tout seul.

 

La dépêche Dimanche : Vous sentez-vous un Arioi ?

 

Roland Purotu : Je ne suis pas compétent pour répondre à cela, il est mieux de demander ça à Raymond Graffe.

 

La dépêche Dimanche : Allez-vous continuer vos tatouages personnels ?

 

Roland Purotu : Je ne sais pas quand, je n’ai pas encore trouvé de tatoueur suffisamment rapide.

 

La dépêche Dimanche : Combien de temps faut-il pour former un tatoueur ?

 

Roland Purotu : Je pense qu’il faut avoir quatre à cinq années d’expérience pur atteindre le stade de Vetea

 

La dépêche Dimanche : Est-il un de vos élève ?

 

Roland Purotu : Il est compétent pour ce qui est du dessin, je lui ai montré comment on utilise la machine.
Ce que je lui ai apporté n’est rien, l’important c’est le dessin, après ça va venir automatiquement, il faut comprendre le dessin, après tu peux devenir tatoueur.

 

La dépêche Dimanche : Il faut comprendre le dessin ?

 

Roland Purotu : Chaque pays a son dessin, chaque île a son dessin. Le tatoueur doit savoir tatouer en Tuamotu ou en Australes, sans faire de confusions.

 

La dépêche Dimanche : Comment faire la différence ?

 

Roland Purotu : Sur la coque de la pirogue Tahiti Nui, il y a tous les motifs qui y ont été sculptés, les motifs de tous les archipels.
La dépêche Dimanche : Plus tard, Raymond Graffe nous a appris que l’auteur de ces sculptures était Roland Purotu lui-même…

Tavaearii

 

La dépêche Dimanche : Lors d’une précédente rencontre, pour la Dépêche Dimanche, vous rêviez d’un village artisanal, en voici un n’est-ce pas ?

 

Tavaearii : Ici, ce n’est pas encore un vrai village, pourtant c’est déjà un village d’artistes avec les mamas et les sculpteurs.

 

La dépêche Dimanche : Qui est venu se faire tatouer ?

 

Tavaearii : Des locaux et des étrangers… Des français et des américains, mais les jeunes de moins de dix huit ans qui se présentaient, on ne les tatouait qu’avec l’autorisation des parents.

 

La dépêche Dimanche : Etes-vous satisfait de l’expérience?

 

Tavaearii : L’expérience a eu du succès et nous sommes prêts à recommencer. Oui, vraiment, surtout d’être comme ici, trois tatoueurs avec le prêtre.

 

La dépêche Dimanche : Vous n’êtes tatoué qu’à moitié, quel est votre projet à ce sujet ?

 

Tavaearii : Je pense continuer à me tatouer, ce n’est pas encre fini, ce n’est jamais fini, il faut se tatouer tout le temps, jusqu’au bout !

 

La dépêche Dimanche : Vous sentez-vous un Arioi ?

 

Tavaearii : Je ne peux pas répondre à cette question.

 

La dépêche Dimanche : Tahua alors ?

 

Tavaearii : Non, il n’y a qu’un seul prêtre ici, c’est Raymond.

 

La dépêche Dimanche : Mais alors ?

 

Tavaearii : Disciple, oui, c’est ça, disciple et tatoueur.

 

Vetea

Du haut de ses 24 ans, Vetea a fait figure de novice pendant les Journées du Tatouage, mais il est reconnu comme valeur montante. En le regardant, Raymond Graffe disait que la relève était assurée, Purotu saluait sa compréhension du dessin.

 

La dépêche Dimanche : Tu viens de l’Ecole des métiers d’art, n’est-ce pas ?

 

Vetea : Oui, je suis rentré à l’Ecole des métiers d’art, j’avais 17 ans, j’y suis resté trois ans et c’est là que j’ai appris la sculpture et le tatouage.

 

La dépêche Dimanche : Vous avez suivi des cours de tatouage au centre des métiers d’art ?

 

Vetea : Non, on y enseigne la sculpture, le dessin, mais pour l’application de ces connaissance au tatouage, c’est Roland Purotu qui m’a montré. Il m’a montré le maniement des aiguilles et comment on tient la machine, car pour ce qui est du dessin, je le fais moi-même.

 

La dépêche Dimanche : Comme par exemple sur votre jambe gauche ?

 

Vetea : Oui, j’ai tracé le dessin mais c’est un copain qui me l’a tatoué.

 

La dépêche Dimanche : Puis à la sortie de l’école ?

 

Vetea : Je suis rentré chez Artisor, où je fais de la création de bijoux, je recherche de nouveaux modèles… Mais, à mon domicile de Tipaerui, je fais de la sculpture et du tressage de fibre de coco, des objets en os, bois nacre, pierre, etc…

 

La dépêche Dimanche : Et le tatou ?

Vetea : C’est une activité créatrice, comme la sculpture et la bijouterie. Ces trois activités sont complémentaires, ce que j’apprends en bijouterie, je le mets au service de la sculpture et du tatouage.

 

La dépêche Dimanche : Si vous deviez vous définir ?

 

Vetea : Sculpteur, oui, sculpteur, le tatouage, c’est un peu de la sculpture…

(Encart) Fabriquer de la teinture traditionnelle
par Raymond Graffe

 

La dépêche Dimanche : Vous dîtes volontiers qu’il ne faut jamais utiliser d’encre de chine pour faire des tatouages, que préconisez-vous ?

 

Raymond Graffe : La teinture traditionnelle, faîte à partir de la noix de bancoule

 

La dépêche Dimanche : Pouvez vous en donner la recette à nos lecteurs ?

 

Raymond Graffe : Tout d’abord, il faut trouver un bancoulier et ramasser les noix.

 

La dépêche Dimanche : Elles ressemblent à de petites pommes vertes, c’est ça ?

 

Raymond Graffe : Mais non, ne te fatigue pas à les cueillir, il suffit d’attendre la saison et de les ramasser par terre, quand elles sont naturellement sèches.

 

La dépêche Dimanche : Que faire ensuite de ce noix sèches ?

 

Raymond Graffe : Il fait casser les noix et en recueillir l’amande qui est à l’intérieur. Ensuite, on enfile ces noix sur une nervure de palme de cocotier, par chapelets de cinq à dix. C’estla lampe ancienne, c’est la bougie des anciens.

 

La dépêche Dimanche : Et de la lampe à l’encre ?

 

Raymond Graffe : On ne dit pas encre, on dit teinture. Si tu enflamme ta lampe par le bas, elle va brûler, une noix après l’autre. Une fois calcinées, il reste de petites boules de charbon qu’il faut piler et mélanger avec de l’eau et du monoï.

 

La dépêche Dimanche : De l’eau ou du monoï ?

 

Raymond Graffe : Pour une teinture destinée au tapa, il faut méanger avec de l’eau, pour une teinture destinée au tatouage, il faut utiliser le monoï.

 

Propos recueillis par Bernard Lompré

Rencontre avec Raymond Graffe
Panorama des tatoueurs