Bernard Lompré

Tatouages, Permaculture et Spiritualité

En pratique

Le courage à fleur de peau

Psy de formation et peintre d’adoption, Bernard Lompré à qui le département doit quelques fresques murales dessine aujourd’hui à Sanary à même la peau. Il ne jure plus que par le tattoo poynésien.

 

            Si les voyages forment la jeunesse, ils influent aussi profondément sur la vie des grands. Ainsi Bernard Lompré fils de diplomate militaire se destinant à la psychologie, est passé tout au long d’une vie de pérégrinations du poste de chef de chantier à la Guadeloupe au métier de tatoueur professionnel de l’autre côté du monde.

            Egalement artiste peintre dans la région durant les années 80 puis peintre en lettres aux Etats-Unis, Bernard a découvert, par hasard, à l’aube de son demi-siècle, sa nouvelle passion. Il ne l’a pas embrassé sans hésitation : « tatouer des serpents, des têtes de mort et des drapeaux sudistes, sur des bikers comme j’au pu le faire, au début, en Floride, ne pouvait me satisfaire vraiment. » explique celui dont les pinceaux se sont notamment promené sur des murs toulonnais, et sur les piscines de l’Aqualand de Saint-Cyr avant de donner naissance à un hamburger de cinq étages en volume et en trompe l’œil au Etats-Unis.

            C’est au contact de son épouse portugaise, susana, déjà experte dans cet exercice, et surtout au cours de sa dernière escale, en Polynésie, qu’il a « flashé » sur son nouveau métier. Il est vrai que le tattoo, à Tahiti, n’a rien à voir avec l’imagerie développée par les motards. Il est l’essence tribale et trouve ses origines dans la nuit des temps.

L’apanage des rois

            Affirmation de son identité ou de sa différence ? C’est bien plus que cela : « c’est un monde que les occidentaux ne connaissent pas. Le tatouage originel était l’apanage des rois. C’était une écriture. On l’arborait comme ici on décerne une légion d’honneur ? Chaque tattoo a sa signification. C’est devenu un art populaire très prisé et je connais de nombreuses personnes qui portent ce qu’on appelle un complet. » Tatoué de la tête aux pieds !

            Ici ; à Sanary, Bernard qui exerce même en vacances se refuse à graver quoi que ce soit sur le visage, les mains, ou tout autre partie du corps trop exposée à la censure : « Malgré une nette évolution, et un véritable phénomène de mode, ce n’est pas encore assez entré dans le mœurs. »

            Mais là-bas, à Bora Bora où est ancré son voilier « Pacific Tattoo », il a trouvé parfaite application à ses aiguilles. On se bouscule dans sa boutique tandis que les plus grands hôtels (même les quatre étoiles) se disputent les talents de susana : « Interdit pendant deux cents ans par les missionnaires, le tatouage est réapparu dans les années 70 et s’est développé de manière foudroyante à partir de 1980 lorsque « Tévé » danseur étoile, élu homme de l’année, s’est révélé sur scène, entièrement tatoué par un maître Samoan. Depuis la mode polynésienne a gagé le monde…)

Une œuvre unique

            Et puis personne n’est à l’abri d’un coup de foudre : « les femmes en raffolent » confirme Bernard qui expose toujours sur des épaules mais décore aussi bon nombre de poitrines et de chutes de reins.

            Si l’on en croît, leur ambassadeur, les tatouages polynésiens n’ont que des qualités : « le mot d’ordre des grands prêtres de Tahiti est de ne jamais copier et de tatouer une œuvre unique à main levée. On dessine donc directement le motif au Rotring et lorsqu’on est d’accord avec le client, on sort la machine à piquer, alors q’en Occident, on photocopie le motif sur un papier calque qu’on transfère sur la peau. »

            Autre avantage de poids, au moment du choix : « Nous n’utilisons pas la couleur car elle ne fait pas parti de la tradition et donne de très mauvais résultats avec le temps. Outre que cela nous permet d’aller plus vite, on peut travailler plus superficiellement, ce qui arrange bien le client qui veut un jour s’en débarrasser. »

            De passager pour trois mois sur le vieux continent, Bernard a été invité à deux conventions. Après avoir visité Dijon début octobre, il ira disserter avec ses alter ego européens à Lausanne les 14 et 15 novembre sur le thème du tattoo polynésien : « une preuve permanente de votre courage traduit par la magie des symboles maori… ». C’est susana qui le dit !

            Mais elle n’est pas la seule à le croire, loin de là…

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