Chapitre 5 .. La légende de Kena
Elle était chantée par le tahua scandant ainsi
le rythme: tap- tap- tap- du maillet battant le peigne à
tatouer. Pendant que le tahua "faisait la musique",
il accompagnait le rythme tap-tap-tap, d'une comptine. On
retrouve la chanson de geste des troubadours moyenâgeux
Bien des légendes se rattachent à l'aspect
religieux du tatouage. Pendant l'opération du tatouage,
le tatoueur et le tatoués sont sous la protection du
dieu Hamatakee, pourtant le dieu du Tahua et des Arioris est
connu pour être Tohu.
La légende de Kena, dieu associé à la
pratique du tatouage, peut expliquer la nature composite des
motifs eux-mêmes
La mère de Kena, Tiahee, pendant de nombreuses années
donna naissance à des enfants prématurés.
Disons plutôt des morceaux d'enfant. Des bras, des jambes,
des troncs, des mains, jusqu'aux yeux et aux oreilles qui
naissaient séparément, tous vivant mais ne formant
pas un ensemble cohérent.
Enfin, après de longues années d'attente, Tiahee
donna naissance à un garçon en entier tout à
fait normal sur tous les points de vue. Tiu, le père
était fou de joie et appela son fils Kena; il se réjouissait
qu'un jour Kena serait un homme capable de l'aider à
aller à la pèche ou au jardin potager.
Malheureusement, quand Kena est devenu grand, il était
un garçon extrêmement paresseux qui n'arrivait
même pas à se mettre debout. Après bien
des tentatives de persuasion et des menaces, le père
le jeta hors de sa maison, pendant un accès de colère.
Alors qu'il était en train de partir, toutes les pièces
détachées, ses frères et sœurs se
mirent à pleurer et à l'appeler. Leur mère
avaient placé les parties vivantes dans un panier suspendu
à la charpente de la maison. Elles voulaient toutes
s'en aller avec Kena.
C'est ainsi que Kena les pris avec lui, et s'en fut à
l'aventure vallée après vallée, ses parties
de frères et sœurs le conseillaient et l'encourageaient.
Il devint ainsi un grand héros en conquérant
tous les titres d'habilité dans le maniement des armes,
le lancer de javelot et beaucoup, beaucoup d'autres sports
ou jeux d'adresse. Il avait en permanence avec lui ses frères
et sœurs qui lui disaient dans quelle position il allait
dominer, et comment gagner. C'était beaucoup grâce
à cette aide qu'il était toujours vainqueur.
Alors il fut à Taaoa et se maria avec sa jolie cousine
Teofio. Un jour il alla à la mer et se mit à
jouer avec sa planche de surf pendant des jours et des jours.
Quand il rentra chez lui, il était entièrement
couvert d'algues gluantes, sa femme l'abandonna avec dégoût.
Il partit, errant à l'aventure, se remaria plusieurs
fois, de place en place, et, enfin, il atteint Atunoa où
une grande princesse était en train d'organiser la
séance de tatouage de son fils aîné. Kena
décida alors d'en profiter pour obtenir un magnifique
tatouage et retourner conquérir sa première
épouse Teofio.
En premier lieu, par un tour de magie, il se fit aussi petit
qu'un enfant, afin de passer inaperçu. Ainsi, il reçu,
en sept jours, un costume complet, finement tatoué.
Ce qui aurait été impossible pour une personne
normale; un tel costume aussi délicatement tatoué
aurait pris sept années ou plus. Kena, avec sa magie,
était capable de le supporter. Chaque soir, il couvrait
de suies son nouveau tatouage, jusqu'à devenir entièrement
noir à la fin des tatouages.
Il reprit sa taille normale et regagna la maison de son père.
Là, il bâtit un grand bassin carré en
pierre de lave et se baigna dedans, se lava, et regagna, à
la nuit, la maison de ses parents.
Quand il arriva devant la maison, un éclair illumina
la silhouette, en l'éclairant, du bras jusqu'à
l'aisselle. Qu'est-ce que c'est que çà ? s'écrie
sa mère! Je pense qu'il s'agit de notre fils répondit
son père.
Il était alors le bienvenu.
Il devait se procurer des cochons et du poisson, du poipoi
et des fruits, pour apporter à Atunoa pour la grande fête
qui célébrait la fin du tatouage.
Le jour suivant sa mère fit la tournée des maisons amies
et dit à Kena, Retournes à Atunoa, quand ce sera le jour des
offrandes, la population du village apportera tout ce qu'il
faut pour la fête et l'apportera à la maison de tes compagnons
les Arioris. Ainsi Kena s'en fut et donna les présents.
Le matin de la fête, la mère décora son fils d'une belle
parure de plumes noires d'oiseaux rares, relevée d'une plume
rouge sacrée... De plus il vêtit: Un tablier réalisé avec
des barbes de vieillards, des boucles d'oreilles en ivoire,
un collier en dents de cachalot, des plumes et guirlandes
faites en cheveux nouées aux chevilles.
Sa première femme Teofio était avec les autres femmes. Ce
fut une grande fête, avec danses, chants, musiques, et surtout
le grand tambour qui battait pendant qu'ils montraient leurs
nouveaux tatouages à la foule.
Kena fut le plus beau de tous. Quand vint la fin de la nuit,
Teofio vint du côté de Kena. Kena lui dit: viens à moi; veux-tu
que nous soyons réunis à nouveau ?
Teofio accepta... |